Fanny, aquarelliste nomade aux Antilles

Fanny et son mari Florestan ont quitté leur vie métropolitaine en janvier 2011 pour vivre la vie nomade dont ils rêvaient avec leurs deux enfants. Ils vivent désormais à bord de leur bateau – Ohana – et lèvent l’ancre au gré de leurs envies. Dans cette interview Fanny nous parle ce leur nouveau mode de vie et des choix qui leurs ont permis de tout quitter.

Fanny à bord de l'Ohana

Bienvenue Fanny ! Peux-tu te présenter aux lecteurs ? Où êtes-vous en ce moment ?

Il y a 2 ans, mon compagnon et moi-même avons décidé de concrétiser ce qui nous trottait dans la tête depuis pas mal de temps : quitter notre petite vie standard pour vivre autrement. En l’occurrence notre projet était de découvrir d’autres horizons à bord d’un voilier. Aujourd’hui nous sommes en Martinique à bord de notre catamaran « OHANA » avec nos 2 enfants de 6 et 8 ans. Ce changement radical a été pour moi l’opportunité d’avoir du temps pour mon activité favorite : la peinture !

Quel a été l’élément déclencheur pour vous décider à tout plaquer pour devenir nomades ?

Tout simplement la lassitude de voir tous les jours la même chose et l’envie de ne pas passer notre vie à courir après les chimères de l’argent et du matérialisme. Et puis un jour on s’est dit « Ça ne tient qu’à nous ! Rien ne nous empêche de vivre autre chose ». Nous avions 33 et 34 ans quand nous avons vendu notre maison et nos affaires pour débarquer aux Antilles et chercher notre future « cabane flottante ». On rêvait depuis plusieurs années de vivre sur un bateau dans les îles. Notre nouvelle vie commençait. C’est un plaisir immense que de se dire que l’on peut avoir l’existence que l’on souhaite, loin du modèle que la société cherche à nous imposer. Le monde est beau, la vie est courte…

Fanny et Florestan

Vous vivez sur l’eau depuis plus d’un an, ça vous plait toujours autant ?

La « vie de bateau » est extraordinaire. Nous vivons au grand air, en communion avec la nature, loin du tumulte des terriens et de la consommation à outrance. Le soleil, le vent, les oiseaux qui chassent à quelques mètres du bateau… mais aussi faire attention à la gestion de l’eau douce et à l’énergie (solaire et éolienne), ressources qui ne sont pas illimités. Cela remet pas mal de choses à leur place. Et quand on vit sur l’eau on fait beaucoup de connaissances. La communauté des marins n’est pas une légende, c’est très enrichissant ! Bien entendu, comme partout, il y a parfois des galères, mais cette vie permet de revenir à l’essentiel sans être parasité par un environnement oppressant. Par choix, il n’y a pas de télé à bord d’OHANA. Nous préférons les couchers de soleil ! Bref une vie simple où l’on observe la nature toujours étonnante, où l’on se parle et où l’on voit ses enfants grandir…

Composition réalisée par Fanny

Quel rapport vois-tu entre l’aquarelle et ton mode de vie ?

Mon nouveau mode de vie me permet de consacrer du temps à ce qui me plaît. Avant j’étais salariée, je brassais beaucoup d’air, je faisais tout en courant et je n’avais le temps de rien. Maintenant la peinture est mon activité principale et me permet de remplir la caisse de bord. Mais je ne suis plus stressée, j’ai un atelier flottant entouré d’eau turquoise et je rencontre des gens qui aiment l’aquarelle. Vivre de ma passion… mon luxe à moi !

Comment peindre la mer sans jamais s’en lasser ? Quels sont les idées fortes que te motivent ?

C’est que… je ne peins pas la mer ! Je peins des bateaux, avec un peu de mer dessous ! Mon activité consiste à réaliser des aquarelles des voiliers de marins désireux d’avoir un portrait de leur « bébé ». Les gens viennent me voir pour que je fasse « leur » bateau. Il s’agit donc de sujets toujours différents puisqu’ils sont tous uniques. J’essaye de reproduire fidèlement les détails pour que le propriétaire retrouve l’âme de son navire.

Quelles sont les attentes, les demandes de tes commanditaires ?

En général ils ne sont pas pénibles ! Ils comptent sur moi pour faire une jolie aquarelle de leur bateau. Mais j’ai remarqué qu’ils adorent retrouver sur la peinture finale les petites choses qui caractérisent leur univers : un bidon d’eau posé sur le pont, une serviette qui sèche au vent… Je leur explique que je travaille d’après photo (que je réalise moi-même pour avoir les angles de vue les plus adaptés et une lumière adéquate fixe) afin que le résultat soit ressemblant. Le plus important ce sont les proportions : si l’on veut une ligne harmonieuse de la coque il faut un dessin préalable qui respecte l’équilibre visuel. Un voilier racé peut devenir une coquille de noix ventrue si l’on n’y prend garde… Après, le futur acquéreur choisit s’il veut une seule vue de son bateau, ou s’il préfère un format plus grand permettant une composition de 2 ou 3 vues avec des angles complémentaires.

Quel matériel utilises-tu ? Et comment t’approvisionnes-tu ?

Je travaille avec des pigments en godets et demi-godets. J’ai une palette d’une quarantaine de couleurs, avec bien entendu pas mal de bleus. Ensuite, pour les outils, j’utilise beaucoup les pinceaux à lavis, dits « mouilleurs, mais aussi des modèles classiques assez fins pour les détails. Je me sers aussi de gomme à masquer appliquée à la plume pour réserver les blancs sur les lignes fines (cordages, haubans, filières…) ainsi que pour l’écume lorsque le bateau est en navigation. Pour le papier, après de multiples essais, j’utilise du 300 grammes grain fin (du Clairefontaine en l’occurrence), bien blanc pour avoir un rendu lumineux. Je propose plusieurs formats qui vont du 24×32 au 36×48 en passant par le 32×41.

Quels sont les peintres (aquarellistes ou autres) qui t’inspirent ?

Honnêtement, je ne m’inspire pas d’autres peintres pour réaliser mes aquarelles. J’ai une approche « réaliste » de mes sujets —  ressemblance, rendu naturel… —  qui ne laisse pas vraiment la place à la création pure pouvant être influencée par d’autres peintres. Par contre, lorsque je cherche un rendu particulier ou que je tombe par hasard sur des aquarelles qui me plaisent, je cherche des infos sur le web pour voir comment d’autres ont procédé. Disons que mes inspirations sont plus techniques qu’artistiques…

En dehors des sujets maritimes, quels sont tes sujets de peinture favoris ? Pourquoi ?

Les voiliers au mouillage ou en navigation représentent l’essentiel de mes peintures, voire la totalité. Mais je suis en train d’aborder de nouveaux sujets (véhicules, paysages, architecture…) car nous avons un nouveau projet en famille : les États-Unis et le Canada en camping-car ! J’aimerais réaliser un carnet de voyage pour illustrer notre road-trip. Sans compter que si ça nous plaît, nous aimerions prolonger l’aventure et traverser Amérique du Sud en 4×4… De beaux sujets picturaux en perspective !

Quelles seront vos prochaines destinations ? Vous prévoyez un tour du monde en bateau ?

Basés en Martinique, dans les Petites-Antilles, nous avons navigué de l’île de Grenade jusqu’à la Guadeloupe. Nous avons déjà vu de bien belles choses, dont les Grenadines ! A priori nous ne voguerons pas au-delà. En effet, ayant ce nouveau projet de voyage sur les routes du Nouveau Monde, nous vendons notre voilier pour rouler vers de nouvelles destinations. Le tour du monde en bateau initialement prévu ne se fera pas mais donnera vraisemblablement place à des tours et des détours aux 4 coins du monde… Histoire de varier les plaisirs et les expériences !

Merci Fanny d’avoir répondu à nos questions !

Vous pouvez retrouver ces vagabonds des mers sur leur site, et sur le portfolio de Fanny.


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